Cet hiver, calfeutrons-nous et posons lentement la main sur l’épaule d’un alter ego. Pour avoir, enfin, un peu plus chaud.
Il y avait la mort, qui planait sur l’origine des mots. La nature, vertigineuse, célébrée jusqu’à l’exaltation. Il y avait la chair, et sa souillure noble. Le bien, le mal, Dieu bien sûr. Et il y avait le pays de Vaud, si beau, si étriqué aussi. Jacques Chessex est mort en 2009 et avec lui son univers. Il a laissé ses romans, ses poèmes, sa réputation. Aujourd’hui, on découvre, grâce à Jérôme Garcin, des lettres. Celles qu’il a échangées trente-cinq ans durant avec le journaliste et écrivain français. Fraternité secrète. Correspondance 1975-2009 trace les contours d’une amitié qui jaillit le 30 avril 1975 de l’admiration d’un jeune littérateur précoce et parisien (19 ans) pour un écrivain suisse de 40 ans, auréolé d’un Goncourt, enragé et mal compris. Entre eux, et à mesure des années, le lien se tisse. Par-delà la frontière et le temps qui fuit. «Je pense à votre œuvre poétique comme à un salut», écrit Jérôme Garcin. Les deux hommes ont perdu leur père et consacrent leur vie aux livres. «Prenez un grand coup d’air du Jorat dans ma lettre. Je vous envoie la part vôtre du vent des bouleaux et des sapins», lui répond Jacques Chessex.
Jacques Chessex et Jérôme Garcin, Fraternité secrète. Correspondance 1975-2009, préface et notes de Jérôme Garcin, Ed. Grasset, 664 pp.