C’est le destin qui inspire les cinq jeunes écrivains dont voici les premières lignes...
Décadente ascendance
«Les enfants qui ont grandi trop vite ne grandiront jamais tout à fait. C’est leur drame, c’est leur chance.»
Dans la limousine aux vitres fumées qui la conduit à son mariage, Eva examine «la profondeur de sa propre folie» en faisant dérouler son passé. Son enfance, solitaire. Ses parents, toxiques, qui «ne manquent pas d’amour [mais] de force, de constance». Ses amours, jusqu’alors tumultueuses et inquiètes. Ses complexes de ne pas être dans la norme française. Sa honte d’avoir eu honte de sa grand-mère juive marocaine, très (trop) haute en couleur... Elle raconte joliment aussi l’amour total et réparateur de celui qui s’apprête à devenir son mari. Remarque qu’elle ne fait taire ses angoisses qu’en achetant des jolies robes: «La frivolité est une bénédiction.» Et avoue que, depuis petite, elle s’est choisi des parents de substitution en les personnes d’Albert Cohen et de Marguerite Duras.
Anna, l’auteure, raconte Eva, l’héroïne, comme on parle de son double. Avec des phrases drôles et désespérées à la fois, ainsi qu’un peu de maladresse. Inapte à dormir seule est le premier roman d’Anna Cabana, journaliste au Point. Elle a déjà écrit deux récits politiques qui ont fait couler beaucoup d’encre, l’un consacré à Cécilia ex-Sarkozy, l’autre à Dominique de Villepin. Malgré quelques longueurs et parfois une pointe de «nombrilisme puéril», cette histoire-là emporte le lecteur.
«Inapte à dormir seule», Anna Cabana, Grasset, 187 pp.