De la country de Lucinda au western d’Alenko.
Lucinda Williams, la griffe country
Country? Oui! Avec un regard perçant sur les grandes plaines de la vie contemporaine et des griffes comme celles qu’on voit ci-dessus sur l’une des pochettes (il y a en huit différentes pour cet album) où la blonde chanteuse surgie de Lake Charles, Louisiane, efface son visage derrière ceux de quelques compagnons de route dans l’aventure humaine.Country, oui, comme une musique qui, à son mieux, parvient dans le même mouvement à faire pleurer et à consoler. Comme une musique enracinée à la fois dans la vie telle qu’elle est et dans une profondeur légendaire, dévoilant les dimensions épiques de la réalité ordinaire. Une musique avec des ballades à bascule sur le porche de la maison, sous de grands cieux, et des cavales rectilignes sur les routes, les accords d’un orgue ponctuant la fuite comme les halos des réverbères qui rythment la nuit...Chez Lucinda Williams, une des plus grandes songwriters et une des plus belles voix du genre, la country est noircie de blues, croassant superbement entre rauquements au cambouis et fins vibratos, pendant que les guitares enchaînent leurs glissandos. Onzième album en trente ans, Blessed chante les lumières de l’amour et les nuits de l’âme, répétant comme un mantra, dans un morceau clé (Born to Be Loved), ce programme existentiel à la fois irrenonçable et immanquablement bafoué: «Tu n’as pas été mis au monde pour être abandonné / Tu n’as pas été mis au monde pour être délaissé / Tu as été mis au monde pour être aimé».
Lucinda Williams, «Blessed» (CD Lost Highway).