Parcours, en quelques mots et en beaucoup d’images, à travers la mode de l’automne/hiver 2011-2012.
Un peu moins ornementale, un peu plus tripale. Au sens des tripes, oui: de quelque chose qui loge dans les entrailles. Un peu plus primale, aussi, la mode de l’automne 2011. Comme si le petit air de fin du monde qu’on croit sentir souffler sur le cou de l’époque (les divagations de la finance, les élucubrations sur le calendrier maya, le changement climatique, l’éboulement de Galliano...) la poussait à nous proposer un répertoire de rôles et de parures pour survivre, fashionablement, après la chute de notre civilisation.
Dans le monde dessiné par ces collections, vous voilà donc convertie en nomade habillée d’une couverture sur les épaules, en reine guerrière, en aventurière vêtue de cape, combinaison ou robe de soirée somptueusement souillée par la poussière des routes, en prêtresse ensorceleuse, en tisserande errante, en fauconnière (les gants de fauconnerie, vus chez Ann Demeulemeester, Hermès, DSquared2, Ermanno Scervino et Rick Owens, sont une des victimes de l’inévitable «on ne peut pas tout mettre» de ce cahier de tendances). Ou encore en voyageuse embarquée dans une machine à explorer le temps, en route vers un âge sombre du passé (Moyen Age gothique, époque victorienne, années 1940) pour aller voir comment les gens s’y débrouillaient. Pendant ce temps, telle une Doctoresse Frankenstein du glamour, la mode accommode ses beaux restes en mêlant sauvagement les coupes et les matières et en inventant une nouvelle forme de grâce, délicieusement monstrueuse et sublimement désassortie (voyez notre tendance «L’art du micmac», pp. 118-119)... Voilà pour le côté ombres. Et le côté lumières? On le cherchera dans les géométries pop évoquant les sixties (apothéose: Prada), dans les total looks rouges vus absolument partout, dans les coulées de couleurs primaires, dans le trend «histoire de l’art» qui transforme ludiquement un look en tableau, dans la réinvention de sa silhouette via les manteaux überextralongs et les hypersuperpositions.
L’automne 2011, c’est à peu près ça. Quoi d’autre? Ah oui: le trend androgyne se poursuit. Si l’homme est une femme comme les autres, Madame est un gentleman.