Danse liquide, coyotes égarés et autres aventures d’été au rayon CD...
Hiromi et les endorphines
Elle croit que «la voix qui ne parle jamais est parfois la plus puissante». Voilà pourquoi Voice est un album où personne ne chante, si ce n’est le piano, frénétiquement et éperdument, sur le formidable roulement conjoint d’un batteur rompu au heavy metal et d’un bassiste vétéran du jazz-rock des seventies.
Japonaise, âgée de 32 ans, Hiromi Uehara traverse le monde du jazz comme une fusée depuis une dizaine d’années avec son style athlétique (la quantité de notes à la minute est effarante), lyrique comme seuls les Japonais le possèdent (on pense parfois aux mélodies déchirantes de Joe Hisaishi pour les dessins animés de Hayao Miyazaki), barbare, épique, émotionnel et ultratechnique. Sous les rafales de cette entêtante tornade, l’auditeur se retrouve tour à tour sans souffle, au seuil des larmes, pété aux endorphines comme après un sprint, sans voix dans tous les cas.
Entre les réminiscences romantiques évoquant la grâce ineffable d’un Chopin ou les martèlements d’une âme slave, et après une question à un million («Le résultat de la tentation est-il doux ou amer?» se demande-t-elle en commentant le morceau Temptation), Hiromi glisse au final une reprise de Ludwig van (Beethoven’s Piano Sonata No. 8, celle que Gainsbourg avait déjà empruntée pour écrire Dépressive à Jane Birkin), terminant ainsi l’album par une ablution qui vous lave l’esprit: «La musique purifie toutes les émotions et les rend positives», assure-t-elle. Allez, pourquoi pas.
Hiromi, Voice, CD Telarc/Musikvertrieb.
En concert le 30.6 à Estival Jazz, Lugano. www.estivaljazz.ch.