Platon déjà nous avertissait des dangers de l’illusion. En cette fin d’année, les livres nous invitent à tout remettre en question.
Ne frémissez pas. L’ouvrage dont il va s’agir dans cette colonne n’est nullement l’un de ces insignifiants livres de développement personnel, qui sont à la pensée ce que l’aspartame est au sucre. Non. Car Jacques de Coulon, ancien recteur du collège Saint-Michel de Fribourg, est philosophe. Et c’est par l’absurde que cet intellectuel de haut vol va faire surgir, au fil des pages, l’étincelle de l’étonnement, prémices essentielles à la réflexion philosophique. «Toutes les grandes spiritualités disent que l’homme doit naître deux fois: une première fois de ses parents et une seconde de soi-même, par l’esprit, en brisant son cocon. L’homme se désencombre alors de ses masques, se libère de ses entraves (...)» Malicieusement, l’auteur présente donc dans son essai quelque 365 pensées: des aphorismes – «L’arbre pense peut-être en dedans» (Rainer Maria Rilke) –, des questions absurdes – «Quelle est la différence entre un pigeon?» (Coluche) –, des instantanés poétiques – «Je est un autre» (Rimbaud) –, et des interrogations existentielles – «Pourquoi y a-t-il quelque chose plutôt que rien?» (Leibniz). L’étonnement est donc un art. Salvateur et précieux. «On hérite de beaucoup de choses, sauf de l’essentiel: soi-même (...) Mais mon esprit souffle où il veut.» Oui.
Jacques de Coulon, L’art de l’étonnement, Payot & Rivages, 169 pp.