Le it-bag est mort. Vive le it-bag!
La sémillante Suzy Menkes nous annonçait sans ambages, il y a exactement deux ans*, la disparition de notre compagnon fusionnel, de notre amoureux du moment, de notre indispensable âme sœur, je veux bien sûr parler du it-bag.
La «so British» éditorialiste de mode affirmait ensuite que la disparition de cet objet fétiche allait se faire au profit des rutilantes it-shoes. Toujours selon ses dires, nous allions donc investir dans un sac pour plus d’une semaine ou deux (c’est-à-dire pour la vie), ou nous n’aurions plus de sac du tout.
Eh bien, je peux affirmer, sans avoir trop peur de passer pour la «plouc-de-service-qui-n’a-rien-compris», que ma brillante consœur s’est tout bonnement fourvoyée. Car, ces deux dernières années, on a plutôt noté un regain d’intérêt pour les besaces, les minaudières, les sacoches.
Bref, tout ce qui sert à transporter ces ustensiles indispensables à la survie de l’espèce féminine.
Les grands maroquiniers, selliers et autres créateurs de mode connus pour leurs sublimes «transporteurs» ne pourront pas dire le contraire, vu l’envolée de leurs chiffres d’affaires fin 2010. Tout comme les marques confidentielles de Tila March, Susannah Hunter, DeviKroell ou Nancy Rodriguez, qui se balancent aux bras des petites «mimis» du moment.
Donc, à part quelques divinités de la mode, telles l’évincée Carine Roitfeld ou sa remplaçante Emmanuelle Alt, ou encore l’indéboulonnable, mais néanmoins fort respectable, Anna Wintour, personne n’a remplacé sa pochette en python par des Personal Assistants, dits «PA», qui trottent à deux pas derrière elles avec leur petit nécessaire de survie (Blackberry, rouge à lèvres, etc.). Car toutes les femmes normalement constituées, donc accros à la mode et aux tendances, vivent avec un sac à main vissé sur l’épaule.
Et ce ne sont pas les merveilles présentes sur les podiums du printemps-été 2011 qui vont nous pousser à faire le deuil de ce partenaire exemplaire. Au contraire, même, on a envie de pouvoir jouer avec ces bijoux dispendieux et volumineux (non, la taille du sac n’a toujours pas rétréci cette année), de les empiler dans notre dressing, d’en changer au gré de nos humeurs, de la couleur du vent et de celles de nos it-shoes.
Car, sur ce point-là, Mme Menkès ne s’était pas trompée: nous collectionnons encore plus les chaussures qu’avant! Mais il ne faut pas être grand clerc pour admettre que les femmes et leurs sacs, leurs chaussures et leur chéri sont autant d’histoires d’amour exponentielles et cumulatives.
* New York Times du 2 février 2009