Où l’on se demande, chaque mois, comment le continent fashion entre en résonance avec l’agitation de la planète.
Ce mois-ci, nous ne vous parlerons pas de...
... John Galliano. What else?
Nous vous parlons en revanche...
... du trend androgyne et transgenre. «Ça touche la mode femme comme la mode homme. Pourquoi ça arrive? Qui sait?»*, souffle le designer anglais Paul Smith à propos de ce phénomène, auquel nous consacrons plusieurs pages dans ce numéro. Qui sait, en effet. Il n’y a peut-être pas de raison profonde derrière chaque trend...Cette tendance, en tout cas, fait quelques vagues. Editorialiste au britannique Daily Mail, Amanda Platell s’insurgeait le 25 février dernier contre l’engouement actuel de la galaxie fashion pour Andrej Pejic, l’androgyne blond qui défile aussi bien avec les filles qu’avec les garçons. Ce serait là «l’ultime insulte faite aux femmes» par une mode qui, après des années de mannequins «déféminisés», aurait trouvé «la solution au débat sur la taille zéro: zéro femme». «Un adolescent splendide avec un visage de fille et un corps de garçon — l’expression parfaite de la beauté pour ces grands designers de mode», conclut-elle.Vraiment? Peut-être pas. Il y a de la misogynie sur la planète mode. Mais ce n’est sans doute pas dans ce trend-là qu’elle se loge. Les designers qui ont lancé le blond Andrej, Jean Paul Gaultier et Marc Jacobs, ne sont pas des forcenés de la «déféminisation» des corps, de la maigreur et de l’uniformité. Jacobs était même, avec Miuccia Prada, le fer de lance de la tendance inverse l’automne dernier: celle qui célébrait les silhouettes courbes et rebondies qu’on associe aux Fifties et au début des Sixties. Relevons aussi, tant qu’on y est, que les décennies androgynes du siècle passé, années 20 et 60-70, sont aussi celles où la place des femmes dans la société a fait des bonds en avant...Rien n’est si simple, donc. Où voulons-nous en venir? À ceci: une rumeur court dans les couloirs de la mode et dans les grandes agences de mannequins. La révolution de la taille zéro, lancée dans les années 2000, serait finie, pour faire place à l’ère des silhouettes plurielles et de la diversité. Des filles à (fausse) moustache de Vivienne Westwood à Andrej Pejic en robe de mariée chez Gaultier, en passant par les garçonnes überféminines de Paul Smith et par la virilité en robe des garçons de Rick Owens, c’est aussi de cela qu’il s’agit. Deux chromosomes (X, Y), une infinité de possibilités...
*«The Boy from Broadmeadows», Sunday Night, Channel 7, 14 février 2001.