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BUZZ
La mode, le monde et vice versa
Par Nic Ulmi
Mis en ligne le 17.06.2010 à 15:45
Où l’on se demande, chaque mois, comment le continent fashion entre en résonance avec l’agitation de la planète.

Ce mois-ci, nous ne vous parlerons pas de...
... Viktor & Rolf. Même si on aurait bien aimé être là pour voir le «fashion moment» le plus embarrassant du duo de mode néerlandais, révélé par les principaux intéressés dans une interview au magazine Hint: «Avoir les marques d’une table de massage sur nos fronts, alors qu’on était assis à côté de l’Infante Elena d’Espagne à un dîner»...
 
Nous vous parlons en revanche...
... du sens de la vie. On vous jure qu’on n’a même pas fait exprès, mais le fait est que les deux portraits de créatrices dans les pages qui suivent incarnent parfaitement les deux élans contrastés du moment dans les courants les plus forts et novateurs de la mode.
D’un côté, Tutia Schaad, Romando-Vietnamienne expatriée à Berlin, rayonnant avec son nouveau label, Perret Schaad, dans un territoire voisin de celui de Phoebe Philo chez Céline ou de Stella McCartney: celui d’une nouvelle sobriété, élégante sans effort mais avec des détails au charme oblique, à la fois superchou et naturellement überchic. Celui, aussi, d’une mode vécue comme un univers reliant le monde idéal des formes et celui de la matière: sensualité du tissu, poésie du corps, émotion de la beauté illuminant l’écume des jours.
De l’autre côté, Mariel Manuel, Lausannoise fraîchement diplômée à Anvers et déjà bien repérée dans la fashionsphère, qui explose, elle, dans un univers troublant et luxuriant où la mode invente des rituels sauvages, bricole des légendes et fait semblant de croire au surnaturel. Un territoire où la création prolonge les enchantements énigmatiques de l’enfance et joue à cache-cache avec les fantômes, abolissant les frontières entre l’humain et l’animal, l’urbain et le tribal, le désabusement doux et la croyance à des forces secrètes à l’œuvre dans la magie. Une mode construisant ses collections comme une cathédrale gothique remplie de symboles ou comme la hutte d’un chaman – et où, comme dans les Correspondances de Charles Baudelaire, «dans une ténébreuse et profonde unité / Vaste comme la nuit et comme la clarté / Les parfums, les couleurs et les sons se répondent»... Un univers peuplé de jeunes créatrices (Rodarte, par exemple) mais qui semble également attirer de grands couturiers aussi patinés qu’un Alber Elbaz chez Lanvin. Un territoire qui est également celui du groupe Sleep ’ Over, chroniqué dans notre «mange-disques» (voir p. 24).
Deux manières opposées, mais peut-être complémentaires, par l’élan vers une beauté d’épure ou par l’accumulation d’étincelles d’émerveillement, de produire du sens pour en donner à notre vie. Allez, bon été!

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