Ce mois-ci, nous ne vous parlerons pas...
... Des faits et rumeurs autour de la succession à la direction artistique dans les maisons de couture. Comme dirait Louis de Funès, «nous conspirons, le roi répudie la reine, la vieille épouse le perroquet, César devient roi, je l’épouse et me voilà reine»1.
Nous vous parlons en revanche de...
... nature, parure et nudité. Par exemple, le python a sa livrée (qu’il renouvelle périodiquement, comme le fait votre garde-robe à chaque saison, ce qui en fait une bête de mode toute désignée, voyez pp. 54-59). L’autruche a ses plumes, la fleur ses pétales, la vache son manteau. Le caillou océanique a son corail, le ciel a ses lumières cosmiques et ses nuanciers enflammés. Même l’arbre dans la forêt a ses plantes grimpantes qui lui habillent le tronc comme un fourreau.
Et nous?
Rien.
Si, quelques vagues touffes de poils, mais bon.
Pour le reste, il faut bien le dire, la nature (et son imprévisible directeur artistique, l’évolution) nous a laissés désespérément dépouillés de fioritures.
Non que nous soyons dépourvus de beauté. Un corps sans la moindre parure peut déployer un attrait visuel virtuellement infini comme tout le monde le sait. Mais nous n’avons reçu en dotation aucun des incroyables ornements qu’on voit s’étaler dans le monde des créatures vivantes autour de nous.
Toute nue, tout nu, nous ne ressemblons donc pas vraiment à la nature. Car la nature, c’est le règne de la parure. C’est carrément l’empire du paraître.
C’est pour ça, peut-être, sans doute, que les références et les emprunts à la nature sont si fréquents dans la mode (et dans celle de ces années 2010 en particulier). Interrogés sur «Quel est le sujet de votre collection?», plusieurs des créateurs suisses invités à notre Showroom EDELWEISS 2011 évoquent les oiseaux, les bois, les cerisiers en fleurs, voire «la naissance du monde et son apocalypse»... (voyez pp. 72-81 pour leurs propos et pour la présentation de la manifestation, pp. 84-95 pour le shooting photo).
Et c’est ainsi que, dans le même mouvement, les vêtements nous rendent adaptés à la vie en société (essayez l’apéro à poil... ouais, c’est bien ce qu’on se disait) et nous permettent de nous glisser dans la peau de la nature.
C’est très très fort.
1 Gérard Oury, La folie des grandeurs, 1971